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des mains et des instruments

le Grand R - Scène nationale la Roche-Sur-Yon

PROGRAMME

ouverture
Vortex :: Jean-François Laporte
pour flying cans


La lumière n'a pas de bras pour nous porter :: Gérard Pesson
pour piano

Tresse :: Frédéric Pattar
Pour flûte alto et zarb

Musique pour table :: Thierry de Mey
pour trois musiciens et trois tables

Prélude à la mise à mort :: Philippe Drogoz
pour guitare préparée

La puissance de la fragilité :: Jean-François Laporte
pour violon et violoncelle

Corps à corps :: Georges Aperghis
Pour zarb

Sonates et interludes (extr.) :: John Cage
pour piano préparé

Neige bagatelle :: Gérard Pesson
pour guitare, piano et violoncelle


L'ensemble Cairn s'interroge sur les instruments qui le constituent. Avant tout, est-ce que ce ne sont pas les mains qui jouent ? Que signifierait jouer au-delà de l'instrument, élargir l'instrument ? Que se passe-t-il si le musicien décide de jouer sans son instrument ? N'existe-t-il pas une chorégraphie malgré tout, malgré lui, que la partition semble contenir ? Et plus encore, le mouvement des mains n'en appelle-t-il pas au mouvement des bras, du corps tout entier ? Autant de questions qui seront les cairns de ce concert et qui finiront par tracer pour l'auditeur un chemin qui sera comme l'ébauche d'une réponse, tout du moins notre façon de voir.

Dans une lumière très ténue, on distingue deux musiciens, un violoncelliste et un violon semble-t-il. Mais ce sont les mains qui sont éclairées et celles-ci n'exécutent pas les gestes que l'on s'attendrait à voir. Les mains sont comme suspendues dans les airs, on ne comprend pas bien d'où vient le son étrange que l'on entend. La technique est pourtant ancestrale, utilisée dans certaines musiques populaires d'Europe de l'est. Il s'agit d'accrocher un seul crin d'archet à chacune des cordes et de le faire vibrer en le pinçant entre les doigts enduits de colophane. Cette musique, La puissance de la fragilité de Jean-François Laporte, décline une multitude de gestes : gestes saccadés qui produisent de petits staccato, gestes amples qui produisent des crescendo, geste brefs et rapides comme des chants d'oiseaux , explorant ainsi des sonorités que l'on aurait jamais prêtées à un violoncelle, à un violon. Les mains agissent alors comme celles d'un marionnettiste au bout desquelles les instruments (le son qu'ils produisent) se désarticulent.
Nous convoquons pour ce concert la Musique de tables de Thierry De Mey qui est une chorégraphie de mains pour trois musiciens ; mains qui dansent au-dessus de tables, qui grattent, frottent, tapent, jusqu'à parfois sembler s'envoler. Chacun des trois musiciens dont on ne voit plus que les mains, est face à sa table, à cet instrument « pauvre » et s'approprie les gestes que la partition note comme des pas de danse. L'idée s'élargit du mouvement des mains à celui du corps : Corps à corps, de Georges Aperghis, est une pièce pour zarb seul, mais la voix, le corps tout entier y sont convoqués. Il y a lutte quasi-physique (entendre virtuosité) entre l'instrumentiste et le zarb à tel point que cette musique – drôle à la fois – en devient morceau de bravoure.


L'idée nous conduit (d'elle-même dirais-je) aux musiques que l'on pourrait nommer gestuelles, aux compositeurs qui cherchent à se saisir physiquement des instruments. C'est le cas de la musique de Gérard Pesson, Neige bagatelle. Ici, les mains se font moyen d'exploration. Elles explorent chaque contour, chaque forme de l'instrument, parfois le caressant, parfois le giflant. Le violoncelliste aura posé son archet, le pianiste aura éventré son piano. Il en va de même pour « Prélude à la mise à mort » de Philippe Drogoz, dans lequel la guitare est transpercée d'aiguilles à tricoter qui deviennent les instruments d'une corrida métaphorique.
Nous jouons également Sonates et interludes de John Cage et, nous ressaisissant de ce que nos mains peuvent trouver, c'est faire feu de tout bois. Car c'est bien cela que nous enseigne John Cage : comment faire musique de tout instrument, qu'il soit visse, écrou, boulon, gomme ou autre joint de fenêtre. Dans les Sonates et interludes, le piano n'est plus un piano, mais un instrument autre. Les mains l'auront déformé, transformé. Il rappelle à présent des musiques tribales, extra européennes.


Enfin Vortex de Jean-François Laporte est une pièce toute particulière. Il s'agit là moins d'une composition que d'une installation sonore, au sens plastique du terme. Les musiciens auront oublié définitivement qu'ils sont instrumentistes. Là encore le système est vieux comme l'humain. C'est en s'intéressant au principe de la fronde que Jean-François Laporte a mis au point ces étranges objets volants confectionnés avec des cannettes de bière japonaises et du fil en nylon épais. Cinq ou six personnes font siffler les « canettes volantes » autour du public dévoilant ainsi un espace sonore habité de sons proches de la voix. Cette installation sonore peut avoir plusieurs formes selon le lieu de concert : en extérieur comme prélude (ou postlude) au concert, à l'intérieur du hall dans la salle de concert si celle-ci le permet.

Autant de manière de décliner le mouvement de nos mains, mais aussi de nos corps.
« Des mains et des instruments » comme un écho lointain aux œuvres de Guiseppe Penone tentera de magnifier l'art du touché.


« Dérouler sa propre peau sur l'air, l'eau, la terre, la roche, les murs, les arbres, les chiens, les rampes, les fenêtres, les routes, les cheveux, les chapeaux, les poignées, les ailes, les portes, les sièges, les escaliers, les vêtements, les livres, les yeux, les moutons, les champignons, l'herbe, la peau. » Nous osons ajouter : la musique.



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infos 18H30 Auditorium conservatoire pour concert pédagogique
20H hall du manège pour VORTEX
20H30 Le théâtre concert
La roche sur Yon