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Préludes (Shapes) / Ramon Lazkano

Projet

Réécrire, ré-imaginer, réinventer : trois axes chers à l’Ensemble Cairn qui, depuis plusieurs années, s’interroge sur la relation des compositeurs d’aujourd’hui à leur histoire, au patrimoine dont leur pratique s’inspire, qu’elle déconstruit, ou à laquelle elle s’oppose...

Pour ce projet, l’ensemble fait appel au compositeur Ramon Lazkano, qui choisit de lier l’interprétation des Préludes pour piano de Chopin par le pianiste Bertrand Chamayou à une œuvre nouvelle, commande de l’ensemble pour huit musiciens et piano soliste. Les Préludes, projetés dans un univers instrumental qui leur est étranger, apparaîtront en filigrane du cycle d’une quinzaine de pièces de Ramon Lazkano, colonne vertébrale d’une écoute double, composite.

Miroirs antagonistes se nourrissant pourtant l’un de l’autre, la mise en regard des œuvres de Chopin et de Lazkano permettront l’avènement d’un univers altéré, hétérogène, un balancement entre réalités passées et présentes.

Programme

NOTE DU COMPOSITEUR

Le cycle de treize à dix-sept, inspiré des Préludes pour piano de Chopin op.28 et op.45, durera une trentaine de minutes et sera composé pour les instruments suivants : flûte, clarinette, accordéon, guitare, piano, violon, alto, violoncelle et piano soliste. Cette nouvelle œuvre sera constituée d'une série de fragments enchaînés, dont les profils proviennent des préludes de Chopin projetés dans un univers instrumental étranger à la musique de référence - un ensemble qui permettrait un son altéré, hétérogène, corrodé.

Deux possibilités sont envisagées dans l’organisation du concert: la première, plus conventionnelle, serait de jouer le Prélude op.45 en ouverture, puis ma pièce Préludes (Shapes) et enfin, de conclure par les Préludes op.28. La seconde, option que j’imagine plus riche, serait de combiner les Préludes de Chopin avec les préludes de l’ensemble, en créant un réseau d’entrelacs où les deux œuvres se retrouvent en miroirs antagonistes. La musique donnée, regroupée en sections asymétriques, garderait toutefois l’ordre du cycle de Chopin – si subtil et raffiné dans ses implications tonales et motiviques, et qui souffrirait d’un agencement insolite.

Ainsi, la durée du concert s’articulerait avec le balancement alternatif des deux mondes : le piano intime aux musiques éphémères de Chopin, préludes à un néant – puisqu’eux-mêmes phagocytent les formes qui auraient pu les suivre –, et l’ensemble, qui créera un miroitement avec les ombres et les figures chopéniennes.

Je souhaiterais, pour la disposition scénique, tenir compte de ce bercement des mondes passés, en séparant dans l’espace le piano soliste et les musiciens de l’ensemble. La lumière, ténue, laisserait dans le noir les musiciens ne jouant pas. Le piano soliste se tiendrait d’un côté, de manière à ce que le clavier et les mains du soliste soient clairement visibles par le public. L’ensemble, de l’autre côté de la scène, devrait être ramassé et groupé autour du chef d’orchestre qui devra, lui aussi, se faire aussi discret que possible.