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Ascoltando : Facing / Sylvain Coher

Projet

 

Asoltando est un cycle de lectures musicales d’œuvres littéraires contemporaines. Initié par l’Ensemble Cairn depuis 2012, Ascoltando est d’abord une rencontre, entre des compositeurs, des musiciens, un écrivain contemporain et une œuvre littéraire. En résulte un concert-lecture, interrogeant les rythmes du texte et de la musique et qui propose un croisement nouveau entre les registres lyriques, créatifs et poétiques de l’œuvre littéraire et des compositions musicales. Trois musiciens et un lecteur-comédien racontent ensemble des histoires où s’entremêlent musique et texte, pour proposer à l’auditeur une nouvelle forme de lecture.

 

La formule est toujours la même et se décline selon les créations : un écrivain vivant, une de ses œuvres, un lecteur-comédien (qui peut être l’écrivain lui-même), trois musiciens de l’Ensemble Cairn et un compositeur-coordinateur pour l’adaptation texte – musique.

 

Trois rencontres ont d’ores-et-déjà fait l’objet de trois créations différentes :

 

- Mathias Enard, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, adapté en musique sur des œuvres de Guilielmus, Saariaho et Gervasoni.

- Christophe Claro, Bunker Anatomie, adapté en musique sur des œuvres de Duffourt, Romitelli, Andreyer, Zimmermann, Takemitsu.

- Sylvain Coher, Facing, adapté en musique sur des œuvres de Combier, Dusapin, Saunders, Reich, Saariaho.

 

D’autres collaborations prennent forme au gré des rencontres, trois projets sont à venir avec les écrivains Pierre Senges, Karin Serres et Joy Sorman.

 

 

FACING
Sylvain Coher / ensemble CAIRN

Projet musique et texte issu du cycle Ascoltando.

 

Lecture de Jean-Claude Bonnifait.

Musiques de Steve Reich, Kaija Saariaho, Pascal Dusapin, Jérôme Combier, Rebecca Saunders.

Avec Christelle Séry guitare, Ayumi Mori clarinette, Frédéric Baldassare violoncelle.

Créé le 22 décembre 2012 à l'Atelier du Plateau, Paris XIX

 

projet en co-production avec l'Atelier du Plateau (Paris XIXème)

Programme

Facing relate une histoire, celle de Georges, ouvrier de la région des Mauges, jeté sur le bas côté de l’activité humaine, se retrouvant sans emploi, naviguant désormais entre l’espoir d’une reconversion et la désillusion d’une situation sans issue, voué a éprouvé le temps vide de l’inutilité.

 

Facing révèle la lente résurgence d'un homme rejeté par l'ordre économique, au travers de son quotidien vide, de ses nuits blanches et de ses silences. Sylvain Coher met à jour l'ensemble des choses qui enracinent cette histoire : la légitime quête de dignité de Georges lors des entretiens - grande farce - de reclassement, les doux encouragements de Ma - sa femme -, ses promenades salvatrices dans le pays des Mauges ; pour mieux en dévoiler la singularité et l'exacte lucidité. Facing est écrit dans un registre créatif et incroyablement poétique. Sylvain Coher s'approprie les mots de cette réalité économique obscène, les tord, les ampute dans ce qu'ils ont de plus galvaudé, médiatisé. Sa langue questionne, fascine, vivante et sensible, elle est toujours juste et dépeint avec pudeur ce destin balayé. Dans ce roman, le discours dit " civilisé " n'a pas sa place, la réalité ne l'est pas.

 

De part le rythme sous-jacent du livre, celui d’une marche ininterrompue et les répétitions nombreuses qui là encore suggèrent celle de la marche, le pas devant l’autre, mais aussi et surtout le lyrisme, l’incroyable langue qui se façonne entre la poésie et le jargon aujourd’hui des entreprises chéries, j’imagine que nous créeront une situation scénique faite de heurts, d’élans, de contrastes. Car c’est là ce qui m’a retenu, et me séduit toujours, plus je lis le livre, ce balancement incessant entre lyrisme et pesante réalité, entre la nature qu’incarne ce pays des Mauges que le personnage, Georges, ne cesse d’arpenter et ce paysage d’usines, les machines arrêtées des ateliers de confection. L’image du livre pour moi : celle d’entrepôts désolés, d’usines démembrées que la Nature recouvre et que peuplent les fantômes de voix anciennes qui ont été congédiées.

 

À l'écoute de Facing

 

Il y a quelques mois, j’ai lu l’histoire d’un compositeur [1] qui avait écrit sa musique avec, devant sa fenêtre de travail, le mouvement répété d’un arbre frêle et malmené par le vent. Après coup, il s’est rendu compte que l’arbuste lui avait donné un rythme particulier, à la façon d’un curieux métronome, à la fois répétitif et aléatoire. Il en va de même pour Facing dont l’écriture s’est calée, me semble t-il, au rythme des entretiens que j’ai pu mener pendant un an [2] dans le pays des Mauges ; rythme auquel s’accorde celui de la pensée la plus intime, celle aux allures de ritournelle, de ces choses qu’on oublie à mesure qu’on se les dit. Au « pays des usines à la campagne [3] », j’ai pu collecter durant de longs mois la parole de ceux qui font le travail, et celle de ceux qui le perdent. Pas de cité ouvrière mais le bocage semé de villages presque déserts ; des routes et des chemins à perte de vue, jusqu’aux entrepôts déserts et de vieilles usines venteuses. A cela est venue s’ajouter la mécanique implacable des phrases toutes faites du travail, des perspectives économiques, et leur résonance s’est calée bien naturellement sur celle de ces pas faits au milieu de nulle part. Lorsque Jérôme Combier m’a parlé d’un projet d’adaptation et de création musicale autour de Facing, il m’a fallu du temps pour comprendre ce qui est aujourd’hui une évidence : mon texte provenait d’une musique et d’un mouvement vers lesquels, enfin, il pouvait retourner. Libéré.

Sylvain Coher, novembre 2007

 

[1] Anouar Brahem, cité dans le livret du disque « Le pas du chat noir », ECM 2002.

[2] Ce roman a été réalisé dans le cadre d’une résidence d’auteur qui s’est déroulée à Liré (49) d’octobre 2003 à juin 2004.

[3] Le Pays des Mauges est un ancien fief de l’industrie textile, situé entre Cholet et Angers.

 

Musiques

 

Electrique counterpoint — Steve Reich

pour guitare électrique

 

Essere neve — Jérôme Combier

pour guitare, clarinette et violoncelle

 

Itou — Pascal Dusapin

pour clarinette

 

Dog eat dog — Jérôme Combier

pour guitare et violoncelle

 

7 papillons — Kaija Saariaho

pour violoncelle

 

Vermillon — Rebecca Saunders

clarinette, violoncelle et guitare électrique